Le mésentère un nouvel organe?

Vedette

A-t-on réellement découvert un nouvel organe dans le corps humain ?

C’est en tout cas ce que laisse à penser la presse grand public[1][2][3][4]. Comme souvent, l’étude de base a été soit mal comprise, soit déformée pour la rendre plus spectaculaire. Soyons clair le mésentère n’a pas été découvert ces dernières années.

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L’une des premières descriptions connues a été faite par Leonard de Vinci au début du XVIème siècle, ça date. Il n’est pas spécialement caché et est même présent dans toute bonne description anatomique de l’intestin grêle. D’ailleurs pour écrire cet article je me suis référé à des sources bien antérieures à l’étude [5][6][7]. Pour comprendre ce qu’est le mésentère, il faut d’abord parler du péritoine. En fait il faut se rendre compte que dans notre abdomen il y a un organe qui permet de maintenir les autres organes dans la cavité abdominale. C’est le péritoine. Il est composé de deux feuillets en continuités l’un avec l’autre et qui vont venir envelopper antérieurement et postérieurement nos organes et tube digestif. Ça fonction ne s’arrête pas là puisque le péritoine permet également la sécrétion du liquide péritonéal qui sert ni plus ni moins à faire en sorte que les intestins puissent bouger sans qu’il y ait friction avec la paroi. En plus de cela il permet de lutter contre les infections.

Le mésentère c’est un méso. C’est-à-dire que les deux feuillets l’unissent à la paroi pariétale et le méso c’est ce qui permet accessoirement de relier les nerfs et les vaisseaux sanguins indispensables au fonctionnement de nos organes. Le mésentère contient notamment une artère, l’artère mésentérique qui permet d’irriguer la partie droite du gros intestin. Sa fonction est en cela très importante et surtout bien établie. D’autant que plusieurs pathologies du mésentère sont déjà connues. Alors pourquoi entend-on partout que nous avons découvert un nouvel organe, puisque visiblement rien n’a été découvert ? En fait l’étude publiée dans le Lancet [8] se pose d’avantage une question de dénomination. Il s’agissait d’étudier le mésentère et d’établir s’il pouvait être qualifié d’organe. En effet comme toujours en science, il existe des dénominations qui correspondent à une définition et à un ensemble de critère. Cela permet de classifier et de mieux connaitre son objet d’étude. Le mésentère d’après cette étude semble correspondre à la définition d’organe. Coffey, le chercheur en charge de l’étude, en conclut qu’il est possible que le mésentère soit désormais considéré comme un organe. Pour Coffey, cela pourrait permettre de faire davantage d’études sur le mésentère et faire avancer la recherche. Nous sommes donc loin de l’affirmation des médias « Des scientifiques ont découvert un nouvel organe ». L’avantage de cette histoire, c’est que cela aura permis la découverte de nouveaux termes pour nous les néophytes.

Créationnisme et évolution: Partie 1 deux discours inconciliables.

Vedette

Actualité et créationnisme aux États-Unis.

Il n’aura échappé à personne que la récente élection de Donald Trump a provoqué un séisme dans la communauté des chercheurs. S’il est bien-sûr impossible de prédire l’orientation de la future politique du nouveau président en matière de science, ses déclarations sur les réseaux sociaux ont de quoi jeter un froid. Propos climato-sceptique à la chaîne [1], Donald Trump n’hésite pas à incriminer les éoliennes comme un facteur de mortalité des aigles [2]. Sur les vaccins, il évoque un possible lien entre ceux-ci et l’autisme [3]. Ou encore en 2012 il accuse les ampoules de causer des cancers [4]. Trump est régulièrement dans la pseudo-science et s’il serait intéressant de rédiger un billet sur chacune de ces idées, aucun de ces sujets ne sera traités dans cet article. Cet article qui se divisera en deux billets traite du créationnisme et de la théorie de l’évolution. La position de Trump sur le créationnisme est ambiguë néanmoins le futur gouvernement portera en son sein Mike Pence, futur vice-président et créationniste. De plus Ben Carson qui sera à la santé, très connu pour ses positions créationnistes aux États-Unis, fut un temps pressenti à l’éducation avant que celui-ci ne décline l’offre [5]. Cela fait quelque temps que les dogmes créationnistes ne sont plus enseignés dans les écoles publiques des États-Unis. En effet le procès de Dover, qui visait à imposer l’enseignement du créationnisme comme une alternative plausible à la théorie de l’évolution, a jugé le dessein intelligent (une forme de créationnisme) comme anti-constitutionnel. Il ne respectait pas le premier amendement indiquant qu’aucune religion ne doit être enseignée et promue dans les écoles. Ce jugement ne concerne que les écoles publiques [6].

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Cet article qui se divisera en deux parties, ne vise pas à faire un debuncking du créationnisme, mais plutôt à montrer que les hypothèses créationnistes ne sont pas stupides et ont été partagées durant très longtemps par d’éminents chercheurs et le sont d’ailleurs encore. Cependant ces idées ne peuvent pas être traitées sous la lumière de la science, nous verrons donc au cours de la première partie de ce diptyque, qu’il n’existe pas d’opposition entre évolution et créationnisme, elles ne sont pas comparables et utilisent chacune des méthodes explicatives différentes. Cet article à également pour vocation, dans sa seconde partie, de démontrer que le Darwinisme est dans une certaine mesure, traité comme un dogme. En ce sens, qu’il est souvent admis par les citoyens pour les mauvaises raisons (ce qui s’apparenterait à de la mécompréhension), ou bien par simple acquit sociétal ou encore par ignorance de ce qu’est une théorie et de la manière dont fonctionne la science. Ce sont tous ces points que nous aborderont aux cours de cet article.

Quelles sont les idées créationnistes ?

Le créationnisme ne représente pas un ensemble homogène d’idées, en ce sens qu’il n’existe pas un, mais des créationnismes. Tout comme il n’existe pas une, mais plusieurs représentations de Dieu(x). Pourtant les considérations créationnistes peuvent varier au sein même d’une religion, si dans le cadre du catholicisme il existe un magistère instiguant des dogmes et empêchant une variété d’interprétations. Comme nous l’explique Sébastien Fath, chercheur au CNRS [7], le protestantisme du fait qu’il rejette l’autorité du pape et des cardinaux laisse libre à chacun des fidèles, de choisir parmi un ensemble de courants. Cette hétérogénéité est également d’origine socio-économique, il n’est pas nécessaire d’être religieux pour croire en un créationnisme. Cela peut être dû à un manque de formation et donc de confrontation à la théorie évolutionniste ou encore lié à l’isolement de certains groupes de la population qui vivent en marge (phénomène très présent aux États-Unis). De même, l’histoire d’une région ou d’un État doit être prise en compte dans la multiplicité des idées. Le créationnisme ne s’explique pas de manière mono-causal. Il n’est pas nécessaire d’avoir reçu une éducation fondamentaliste et une fois encore la question du créationnisme est liée à l’affinité de chacun. Cela explique, en partie, la multiplicité des courants créationnistes. Il est donc réducteur, comme nous allons le voir d’assimiler systématiquement créationnisme et fixisme.

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Le fixisme c’est l’idée qu’il n’y a pas d’évolution et que l’ensemble des espèces étaient déjà présentes lors des premières années de la Terre, les créationnistes littéralistes (qui se basent uniquement sur la bible) estiment que la Terre s’est créée en six jours de 24 heures. Les créationnistes littéralistes ne représentent qu’une minorité chez les créationnistes. Ceux qui nient la science ne sont pas dominants, en tout cas en occident. Le créationnisme actuel est plutôt dans une tentative de mettre en accord science et croyance. Les méthodes peuvent être le cherry-picking (ne prendre que ce qui nous intéresse) pour certains mouvements. D’autres apportent une idée finaliste à l’évolution, en affirmant que l’évolution n’est pas le fruit du hasard mais d’une volonté intelligente, cette idée est celle du Dessein Intelligent. Une autre catégorie de créationniste, dite théiste ne fait intervenir Dieu qu’aux origines, estimant que Dieu a créé les bases de l’univers mais que l’évolution suivrait depuis librement son court.

Pourquoi n’est-il pas stupide de croire au créationnisme ?

Nous pouvons entendre régulièrement qu’il suffit d’avoir reçu un mauvais enseignement, ou bien être stupide pour encore croire aux idées créationnistes. Pourtant les écoles évangélistes américaines offrent une éducation en science de qualité à leurs élèves, et cela ne les empêchent pas d’adhérer aux croyances créationnistes. Cette image du croyant est à la fois inexacte et dégradante pour les principaux concernés. Si l’on peut admettre qu’un manque d’enseignement et donc de confrontation à la théorie de l’évolution est un frein à sa compréhension, il est faux de dire que l’enseignement écarte la possibilité d’adhésion au créationnisme. Un sondage de Gallup de mai 2012 [8] montre d’ailleurs qu’il n’est pas rare aux États-Unis, pour un universitaire et notamment des doctorants d’adhérer aux hypothèses créationnistes. Cependant l’étude montre également qu’il s’agit de la frange de la population estudiantine la moins concernée par cette croyance. Expliquer une croyance n’est pas aussi simple que d’affirmer que quelqu’un est stupide. Cette erreur commune se nomme « l’erreur fondamentale d’attribution », qui consiste à apporter plus d’importance aux caractéristiques internes, qu’aux caractéristiques externes. Par exemple nous utilisons couramment l’expression « c’est un génie », ou « il a un don », avec cette idée que ses capacités seraient innées. Pourtant c’est oublier toutes les caractéristiques externes qui ont amenées une personne à être considérée comme telle et essentialiser sur sa personne.

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Le créationnisme offre une réponse à des questions d’ordre spirituel et philosophique et comme nous allons le voir par la suite, il n’est pas du rôle de la science de répondre à des questions existentielles. Ainsi il est difficile de concevoir, qu’un jour, la science puisse répondre à des questions tel que : Pourquoi sommes nous là ? Quel est notre destin ? Où est la perfection ? Quel est l’ordre qui nous gouverne ?

Ensuite même si la théorie de l’évolution est de plus en plus partagée. Il faut bien l’admettre elle n’est pas forcément comprise et est régulièrement traitée à la manière d’ un dogme. Nous adhèrons à la théorie évolutionniste sans réellement savoir pourquoi. Nous avons acquis des connaissances comme l’âge de la Terre, sans pour autant connaître les méthodes permettant d’estimer une datation. Nous avons tous intégré le dessin de « la marche vers le progrès » sans pour autant connaître les preuves et la manière dont fonctionne l’évolution. Ce qui engendre des mécompréhensions tel que « l’humain descend du singe ». Alors que ce n’est pas ce que la théorie affirme. Ce genre de rapport à la connaissance peut effectivement provoquer une sensation de dogme, et finalement amener à une conclusion du genre « ce n’est qu’une théorie », et j’espère d’ailleurs qu’à la fin de cette série d’articles vous bannirez définitivement cette expression de votre vocabulaire.

Comment fonctionne la science ?

Cette partie vise justement à éclaircir tout cela et expliquer que très souvent les critiques envers la théorie de l’évolution sont d’ordre épistémologique, c’est-à-dire à l’encontre de la méthode scientifique. Pour éviter toute confusion, je tiens à préciser que ce que je nomme « la science » n’est rien de plus que la méthode scientifique.

La science repose sur une idée philosophique, celle du matérialisme (à ne pas confondre avec la satisfaction matérielle). Ce courant philosophique suppose qu’il n’existe rien d’autre que la matière. La science estime donc que l’ensemble des phénomènes existant émergent de la matière, que cela concerne la vie, la pensée, les forces, les ondes, etc. Si quelque chose est observable, c’est qu’il y a matière. Si l’idée de matière est très mal défini dans la philosophie matérialiste, en science la matière est ce qui constitue le réel, c’est ce qui se manifeste, ce qui s’observe.

Le matérialisme scientifique suppose également que le monde existe indépendamment de nous et de nos perceptions, que nous soyons présents ou non, le monde continuera d’exister, il ne s’agit pas d’une production de l’esprit, ainsi la science échappe à tout relativisme qui consisterait à dire que la réalité est différente pour chacun de nous. Le relativisme repose sur une confusion entre réalité et perception du réel. S’il est vrai que nous voyons tous, le monde différemment, il n’empêche que les règles qui s’appliquent à la réalité sont les mêmes pour tous. Ainsi si durant un loisir l’heure avance plus vite, ce n’est pas parce que nous déformons le cours de l’espace temps mais parce que notre perception du réel, nous donne la sensation que le temps avance plus vite.

La méthode scientifique présuppose également que l’humain est capable de comprendre la réalité et peut en saisir des lois et que celles-ci ne peuvent être violées. Ces lois sont les mêmes en tout temps, passé, présent et avenir et tout lieu, elles sont universelles. Cette idée d’immuabilité peut paraître contre-intuitive. En effet si l’on remonte assez loin dans le passé, aux origines de l’univers, le monde était très différent de ce que nous connaissons actuellement. De même l’existence des trous noirs paraît rendre le principe d’immuabilité dépassé. Si la question se pose, c’est pourtant oublier que ce sont ces mêmes lois qui permettent aux chercheurs de donner des estimations sur le monde à l’époque du big bang. Il en est de même pour les trous noirs qui ont été prédits par la relativité générale. Nous devons saisir que ces lois mises dans des conditions extrêmes provoquent des résultats extrêmes. Le principe d’immuabilité est important, car la science repose sur la reproductibilité. Un résultat est admis en science si les résultats sont reproductibles, dans le cas inverse, il peut s’agir d’un hasard ou d’une erreur méthodologique.

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En bref, la science repose également sur une croyance, qui ne fait cependant pas intervenir d’entité métaphysique. La science use d’un matérialisme méthodologique. S’il n’y avait pas ces postulats au départ, il serait impossible d’entreprendre un travail de recherche. C’est un outil qui permet de produire du savoir. La science, c’est la recherche et rien ne peut être admis pour vrai s’il ne respecte pas les conditions précédemment cités.

En ce sens, la méthode scientifique ne vise pas à prouver que quelque chose est vrai, mais prouver que quelque chose est faux. Si une hypothèse résiste à toute tentative d’invalidation, alors elle est admise pour vrai jusqu’à preuve du contraire. Popper expliquait qu’une hypothèse en science doit toujours être réfutable, « quels sont les éléments qui infirmeront mon hypothèse ? ». S’il n’y en a pas, alors il s’agit d’une croyance ou d’une pseudo-science. Prenons pour exemple le postulat du film Matrix. Celui-ci stipule que nous vivons dans une simulation informatique. Dans l’état actuel des choses quels sont les éléments qui pourront me permettre de dire que cela n’est pas vrai ? Il est bien plus facile d’affirmer une chose comme vrai, plutôt que l’inverse. Il est strictement impossible d’écarter totalement l’hypothèse que nous vivons dans une simulation informatique, même si tout au long de notre vie aucun événement ne vient corroborer cette idée. En revanche il suffit d’un évènement, comme un message de nos créateurs du type « Hello les sims ! » avec une petite annonce de mise à jour dans le ciel, pour admettre, qu’effectivement nous vivons dans une simulation informatique. Ce qu’il faut comprendre c’est que sans cette rigueur, tout serait possible, en ce sens que rien ne serait impossible.

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Ainsi la science ne peut pas tout expliquer, de même qu’elle ne peut affirmer une chose hors de tout doute. Toute personne disant l’inverse est dans le scientisme et non dans la science. En revanche les théories scientifiques évoluent constamment, elles se précisent, s’infirment, se remplacent. Ce qui peut apparaître comme une faiblesse en représente sa force. À la différence des dogmes, la science laisse place au doute, il représente le moteur de la science. Le doute amène à l’auto-correction et permet de s’approcher de la vérité, un concept approprié est celui de la vérisimilitude. La science évolue au rythme des découvertes et des nouvelles technologies et chaque découverte offre son lot de nouvelles questions. Pascal représentait d’ailleurs la connaissance comme l’intérieur d’une sphère et tout ce qui est à l’extérieur l’inconnu, ainsi l’on voit que plus la connaissance grandit plus le périmètre est important. Cette image montre, à mon sens, à quel point nous pouvons nous tromper en affirmant que la science désenchante le monde, certes elle permet de mettre à mal des croyances, mais ne pas voir l’inconnu qu’elle envisage, la beauté des résultats, et la complexité du monde, c’est se tromper et confondre l’enchantement du mystère et la persuasion d’une métaphysique. S’il est évident que la science est contraignante en ce sens qu’elle rend par ses découvertes caducs les croyances d’hier. Elle n’offre pas moins de potentialités. Seulement si l’on veut approcher la vérité, il est préférable d’avancer dans la contrainte que dans l’illusion.

La recherche de la vérité en science se base sur le réel. Sur ce qui est tangible, sur ce qui est observable et démontrable. C’est pour cela qu’il est important que la science respecte le principe de neutralité métaphysique, pour expliquer la nature par la nature. La vérité en science ne dépend pas de l’humain mais du réel. La science n’est pas susceptible de nous dire ce qui nous plaît, mais de dire ce qui est, simplement. C’est pourquoi elle est si difficilement acceptable. Elle ne cherche pas à convaincre et peut nous blesser, ou être contre-intuitive. La science n’est pas démocratique, il ne peut y avoir de débat entre plusieurs vérités en science. Une chose vrai ne peut pas contredire une autre chose vrai. Si une découverte amène à ce qu’un énoncé soit contredit, alors il doit être abandonné ou amélioré. Ce qu’il faut retenir c’est qu’il n’est pas du rôle de la science de répondre à des questions existentielles et morales, en revanche elle peut y aider par ces découvertes.

Il est important de saisir que ces règles sont les bases de la science et permettent de créer un cadre. Si ces règles existent c’est que ce sont des hommes et des femmes qui pratiquent les sciences, avec tout ce que cela implique, les erreurs, les espoirs, les frustrations et les biais. Ses règles permettent de pallier à nos défauts et de ne pas laisser nos idées nous emporter. D’ailleurs l’erreur est courante en science, elle est mise en évidence par d’autre chercheurs, car la science fonctionne en communauté, elle n’est pas le produit d’un individu isolé. Mais l’erreur est le plus souvent admise par celui l’ayant produit et ne représente en rien une perte de crédibilité. En revanche lorsque la triche s’immisce en science et qu’un chercheur décide de ne plus respecter les règles, il s’en détourne, et ne risque plus de toucher à la vérité (en ce sens qu’elle s’applique à la réalité) mais à sa vérité.

Plusieurs vérités.

Comme nous le rappelle Cyrille Barrette dans son ouvrage Aux racines de la science, il n’existe pas qu’une sorte de vérité. Ainsi la vérité en science, en fiction, en religion, en politique, et en droit, diffère par bien des points. Les mêmes règles ne s’appliquent pas. Nous avons déjà suffisamment évoqué à quoi correspond la vérité en science mais en quoi diffère tel des autres vérités ? La vérité est un terme mainte fois employé qui est pourtant très mal défini, la vérité est multiple.

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En fiction par exemple la vérité correspond à la cohérence interne, il est d’ailleurs amusant de ressortir d’un film de science-fiction et de tiquer sur un problème de cohérence alors même que l’univers ne respecte en rien la réalité. En allant voir un film de science-fiction je suspends volontairement mon incrédulité. Ainsi je peux aller voir Star Wars sans porter d’intérêts sur les problèmes liés à la physique, car j’admets que dans cet univers les règles, la vérité est différente.

Autre exemple, en politique, un parti a une ligne directrice. Son but est de faire admettre son idée comme étant la bonne aux électeurs. Celui qui a gagné la bataille des idées est celui qui détient en quelque sorte la vérité. Un parti politique tente de remporter l’adhésion et pour cela il faut convaincre, il faut travailler avec des communicants, manipuler les arguments (bon ou mauvais), faire du storytelling, surfer sur les idées en vogue, etc. Ce n’est pas pour rien que des initiatives de fact checking sont de plus en plus souvent mises en place, cela permet de rétablir une part de vérité dans les discours politique.

La vérité en droit est celle qui est établie par le juge avec l’aide des lois et des règles. En France il est admis qu’une personne est coupable à partir de l’instant où cette personne est jugée coupable. C’est une vérité toute particulière et c’est pour cela que le sujet des psychanalystes dans les cours de justice pose tant de problèmes. Parce que la justice si elle se doit de se baser sur des preuves, est avant tout construite, que cela soit par la loi ou l’interprétation des événements. Elle est bien sûr aidée par des professionnels respectant une méthodologie, tel que les médecins légistes et la police scientifique, mais elle n’est pas infaillible et pourtant se donne comme tel. Donc en droit la vérité est construite. En sociologie on considère d’ailleurs comme crime, non pas ce qui nous apparaît comme un crime, mais ce qui est sanctionné par la communauté. On voit bien qu’elle est relative et qu’elle dépend de multiples facteurs (culturel, historique, psychologique, etc).

La vérité en religion, est celle qui nous est soumise par des prophètes ou des textes sacrés. C’est une révélation, la religion base sa vérité sur la foi. Il est par exemple impossible de prouver l’existence ou l’inexistence d’un paradis. Une personne affirmant que le paradis existe est dans un acte de foi, ce n’est pas une vérité démontrable. Car pour démontrer l’existence d’un paradis, il faudrait tout d’abord être capable de le définir et qu’il ait une réalité matérielle. En science tout ce qui est observable et tout ce qui produit un effet est matériel. En cela le paradis, quand bien même il existerait, il ne répond à aucun de ses critères. Ainsi la science ne dit pas que le paradis n’existe pas mais qu’il n’est pas utile de le prendre en compte. Une anecdote célèbre illustre bien cette idée. Laplace avait publié un livre intitulé : Exposition du système du monde, dans lequel il traitait du système solaire. Lors d’une rencontre avec Napoléon, celui-ci s’étonne de ne voir aucune mention de Dieu dans l’ouvrage, Laplace lui répondit simplement qu’il n’avait pas eu besoin de cette hypothèse.

Bibliographie:

Articles:

http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre5.html

http://glecointre.mnhn.fr/docs/068_Charbonnat-prefaceGL.pdf

Livres:

Cyrille Barrette, Aux racines de la science,  book-e-book

Alexandre Moatti, Alterscience, Odile Jacob

Alan Sokal, Jean Bricmont, Impostures Intellectuelles, Odile Jacob

Richard Dawkins, Le plus grand spectacle du monde, Pluriel

Conférences:

https://www.youtube.com/watch?v=O_Eod7j1bgM

https://www.youtube.com/watch?v=FFUB9x5qS-c

Les informations positives n’intéressent pas (ou peu) notre cerveau.

Le biais de négativité

Lorsque nous parlons d’actualité, du monde, ou bien que nous partageons les expériences qui composent notre vie, il n’est pas rare que les discussions tournent autour de sujets que nous jugeons démoralisants. Les informations que l’on peut qualifier de négative prennent une part importante dans notre rapport à la vie. Pour s’en convaincre, il suffit, par exemple, qu’un élément du quotidien pose problème pour que toute l’attention s’y oriente et occulte le reste.

La sélection de l’attention, Kezaco ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet commençons par faire un détour du côté de l’attention. Notre cerveau est un organe très pratique capable de produire des opérations complexes afin de nous donner accès à un échantillon du réel. Le cerveau va continuellement faire des choix sur ce qui mérite de l’attention et ce qui ne le mérite pas. Ce résultat est purement contextuel, faisons une expérience de penser, je suis dans mon salon et je joue à un jeu vidéo. Mon attention est focalisée sur celui-ci. Maintenant, dans une première situation, je sais que ma compagne est avec moi dans l’appartement, elle marche dans le couloir, mon cerveau jugera les sons produits comme une information inutile et il y a de forte chance que je ne l’entende même pas. En revanche dans la seconde situation je suis seul, que va-t’il se passer si j’entends des bruits de pas dans le couloir ? Il y a fort à parier que mon attention va s’y porter tout en me faisant effectuer un incroyable sursaut.

Le processus se fait totalement en dehors de notre conscience. Ce sont des processus inconscients de notre cerveau qui vont évaluer si un stimulus est pertinent ou non. Il s’agit donc d’un principe de sélection. Cela est en principe très évident à comprendre. Si nous étions conscients de l’ensemble des stimuli qui nous entourent sans qu’il n’y ait de travail de sélection, nous serions submergés d’informations et cela serait contre productif et surtout très épuisant. C’est pourquoi notre cerveau va attribuer une valeur à nos pensées potentielles selon le contexte, et nous faire parvenir celle qui a davantage de valeur informationnelle. C’est-à-dire celle qui est la plus susceptible de nous servir.

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Reprenons l’exemple du joueur de jeu-vidéo. On observe deux réactions différentes pour un même stimulus, le bruit de pas. L’unique différence est le contexte, dans un cas, le joueur pense être seul et dans l’autre non. Pourquoi dans le cas où le joueur pense être seul, le cerveau va décider que les bruits de pas ont une grande valeur informationnelle ? Parce qu’il va nous permettre de réagir à ce qui est, potentiellement, un danger. Le cerveau va juger qu’il existe une forte probabilité pour que ces bruits de pas, représentent un danger, alors qu’il est tout à fait possible que ce ne soit qu’une blague de notre compagne qui tente simplement de nous surprendre.

Sont disponibles sur internet de nombreuses vidéos mettant en évidence la sélection de l’attention. Si le principe peut paraître évident à chacun, il peut être dur de se rendre compte de la puissance de cette sélection et de la véritable cécité à certains éléments qu’elle peut produire. L’une des expériences les plus connues est celle-ci.

Cette démonstration a été mis en place par Dan Simons et Christopher Chabris. Il est demandé à l’observateur de compter le nombre de passe qu’effectue l’équipe blanche. L’observateur va donc porter toute son attention sur le ballon passant de mains en mains chez l’équipe blanche. Cependant, en plein milieu de la vidéo, un gorille traverse le terrain et gesticule. Pourtant nous ne l’avons pas vu. La raison à cela est que nous nous sommes concentrés sur l’équipe blanche et le reste n’était pas jugé important pour la tâche à effectuer. Mais il existe de nombreuses autres démonstrations de ce qui s’appelle la cécité attentionnelle. L’une d’entre elle [1], conçu par Dan Simons, consiste à faire demander à un acteur son chemin à un passant. Entre temps, la conversation est interrompue par des déménageurs qui passent entre l’acteur et le passant. Durant l’instant ou le passant et l’acteur ne se voit plus, celui-ci est remplacé par une autre personne. La plupart des passants ne remarquent rien. Encore plus incroyable, une étude mise en place par Peter Johansson [2], consiste à présenter deux photos de jeunes femmes à une personne. On demande ensuite à cette personne de choisir quelle photo elle préfère. L’expérimentateur va ensuite par un tour de passe-passe présenter la photo qui avait été écartée et demander  au sujet de justifier son choix. La moitié des personnes ne remarquent pas que les photos ont été interchangées et vont même jusqu’à justifier leur choix.

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L’un de mes films favoris, Top Secret, use et abuse de la cécité attentionnelle et de la cécité au changement, si bien qu’il nécessite plusieurs visionnages pour pouvoir observer les nombreuses petites scènes qui se déroulent dans le champ plus absurdes les unes que les autres.

Le biais de négativité, en théorie c’est quoi ?

Il était indispensable de parler de la sélection de l’attention avant les biais de négativités. D’une part cela permet de mettre en évidence, que bien que notre cerveau nous rende d’énorme service au quotidien, ses choix, qui ont un impact sur notre relation au réel, peuvent également nous induire en erreur. D’autre part la cécité attentionnelle est plus spectaculaire et plus évidente à démontrer, chose qui est bien plus complexe avec le biais de négativité. Avant d’expliquer pourquoi cela est plus compliqué, commençons par définir le biais de négativité. Un biais, est toute chose qui amène à une erreur de jugement. Le biais de négativité fait partie de l’ensemble d’un corpus de biais cognitif, car ils sont produits par le cerveau. Le biais de négativité c’est l’idée qu’il existe une asymétrie dans le traitement entre les informations positives et négatives. À intensité égale l’information négative serait perçue comme ayant un impact plus important sur le comportement et la cognition qu’une information neutre ou positive. Le premier problème pour pouvoir évaluer d’un biais de négativité, est de commencer par définir ce qui peut être considéré comme un stimulus négatif ou un stimulus positif, mais également ce qui peut être considéré comme un stimulus neutre. Baumeister et al. (2001) dans leur étude « Bad Is Stronger Than Good » [3] entendent par « bad » – notre négatif -, tout ce qui est indésirable, nuisible, désagréable. Ce qui est « good » et que nous traduisons par positif, tout ce qui est désirable, bénéfique, et tout ce qui est agréable en général, ce qui comprend les états ou les conséquences. Les stimuli neutres sont l’ensemble des choses qui n’évoquent aucune émotion particulière.

Ensuite il faut être capable d’établir un degré d’équivalence entre deux informations opposées. Il faut donc être capable de dire, que tel événement positif est équivalent à un autre événement négatif. Plusieurs méthodes ont été développées afin de pallier à ce genre de difficulté. Dans un article de Paul Rozin et Edward B. Royzman intitulé « Negativity Bias, Negativity Dominance, and Contagion » [4], nous sont fournis sept méthodes différentes. L’une d’entre elles consiste par exemple à comparer la réaction subjective pour deux stimuli positif et négatif objectivement équivalent. Il faut donc employer des éléments mesurables tel que l’argent ou la température. Il est donc possible d’étudier deux événements objectivement égaux, comme perdre 100 € et gagner 100 € et observer s’ils provoquent des réactions d’égales intensités. Une seconde méthode est celle de comparer plusieurs stimuli, égaux en intensité subjective. Une troisième méthode est de montrer un effet d’interaction en mixant un stimulus négatif, et un stimulus positif et voir si le stimulus négatif contamine le stimulus positif. C’est-à-dire si un contact avec un élément négatif rend l’élément positif, négatif. C’est l’exemple de l’assiette de fruits (stimulus positif) qui entre en contact avec un cafard (stimulus négatif). En résumé malgré l’apparente complexité nécessaire pour tester les biais de négativité, il existe de nombreuses manières de rendre cela expérimentale. D’ailleurs de nombreux travaux sur le sujet font apparaître plusieurs formes du biais de négativité.

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Rozin et Royzman dans « Negativity Bias, Negativity Dominance, and Contagion » proposent quatre formes différentes du biais de négativité que nous allons tenter d’expliciter et qui vont nous permettre, par la suite, de mieux comprendre pourquoi il nous arrive de réagir de manière disproportionnée à un événement négatif. L’un des éléments majeur du biais de négativité est le principe de puissance négative. Nous pourrions le résumer par « Bad is stronger than Good » comme l’étude de Baumeister et al. Plus clairement la puissance négative c’est le fait qu’une information négative soit subjectivement plus puissante et importante que sa contrepartie positive. Dans une étude de Kahneman, Knetsch et Thaler, 1990 [5] nous constatons par exemple que les gens exigeront bien plus pour abandonner une chose qu’il possède que pour l’obtenir. Cette forme du biais de négativité ne peut être mis en évidence qu’à la seule condition où il est possible de mettre en place un système de mesure pour établir une égalité objective des événements négatif et positif, comme l’argent.

Certaines études mettent également en évidence le phénomène de pente raide des événements négatifs. C’est-à-dire que les événements négatifs prennent plus d’ampleur et s’aggravent dans la négativité au fur et à mesure que l’on s’en approche et ce de manière spatiale ou temporelle. Par exemple imaginons que notre travail nous angoisse, plus je vais m’approcher du lieu de celui-ci plus l’événement risque de devenir négatif. Le simple fait de repasser, ou d’emprunter la route du travail peut engendrer un sentiment d’angoisse. Chez les personnes ayant une crainte du dentiste, l’événement va devenir de plus en plus angoissant, au fur et à mesure que la date fatidique du rendez-vous approche.

Dans une approche globale comme dans le cas du jugement, il apparaît qu’il existe une dominance du négatif. Le négatif va prendre un poids considérable et cela totalement en dehors de ce que l’on nommait la puissance négative. En fait il n’est même plus question d’équivalence des événements. Une étude de Tversky et Kahnman, 1991 [6] montre que dans un rapport de jugement bénéfice/risque, le risque est psychologiquement plus important que le bénéfice. C’est-à-dire que l’on aura tendance à d’abord évaluer le risque maximal pour ensuite réfléchir au bénéfice probable. Si les risques, alors même qu’ils sont peu probables et que les bénéfices sont plus intéressants nous aurons tendances à apporter davantage de poids dans la décision à l’aspect négatif, et ce même si le risque est très faible. Prenons un exemple, nous pouvons miser 1000 € pour tenter d’en gagner 3000 € en lançant simplement une pièce. Si c’est face c’est gagné, si c’est pile c’est perdu. Et bien même si la somme à gagner est trois fois plus importante que la mise de départ il y a de forte chance pour que nous jugions le risque trop important pour participer. C’est cela la dominance de négativité.

Une dernière forme du biais de négativité est la plus grande différenciation de phénomène négatif. Les événements négatifs sont décrits de manière, plus élaborés et différenciés que leur équivalent positif. D’après une étude de Peeters, 1971 [7], le vocabulaire utilisé pour décrire ou évaluer est bien plus important lorsqu’il s’agit de déprécier que l’inverse. Cela peut s’illustrer par une citation de Tolstoï « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l’est à sa façon. ». L’interprétation que donne Rozin et Royzman est qu’il est complexe d’atteindre un idéal et d’être heureux mais qu’il existe des milliers de façons de ne pas l’être. Il y a donc mécaniquement davantage de vocabulaires dépréciatifs. En fait l’on pourrait considérer cette forme du biais de négativités comme un effet informationnel. De même il existe une asymétrie négative/positive du vocabulaire des émotions. D’après le CRISCO (Centre de recherche inter-langues sur la signification en contexte) mis en place par l’université de Caen il existe 70 synonymes au mot heureux et 101 synonymes pour le mot triste [8][9].

Et dans le quotidien ?

Tout cela peut paraître théorique, mais ces informations sont indispensables pour comprendre comment le biais de négativité se manifeste au quotidien et afin de prendre conscience qu’il apparaît dans de nombreux processus mentaux comme le jugement, la sélection de l’attention ou la prise de décision. Le biais de négativité peut par exemple se manifester dans le cas d’un oral, d’un discours en publique ou un exposé. Il peut arriver de se sentir envahi par une sensation de stress et d’imaginer tous les scénarios catastrophes. Cela peut prendre une ampleur telle que c’est finalement le stress qui cause l’échec. Pourtant en y réfléchissant, un échec à un oral ne représente pas grand-chose en termes de négativité objective. Il s’agit d’un événement ponctuel, compréhensible et surtout très anodins. Cela ne va pas produire un drame permanent dans notre vie. À l’inverse un exemple célèbre du biais de négativité porte une charge négative bien plus importante, c’est celui de l’avion. L’avion est le moyen de transport le plus sûr qui existe actuellement, pourtant, de nombreuses personnes développent une peur de l’avion sans développer une peur de la voiture alors même que celle-ci est beaucoup plus dangereuse. Cet exemple et son explication sont très similaires aux cas des accidents domestiques. Nous nous sentons plus en sécurité chez nous qu’à l’extérieur alors même que la plupart des accidents ont lieux à notre domicile. Cela peut s’expliquer par le fait que prendre la voiture ou évoluer chez soi sont des événements courants, et donc pas spécialement positif mais neutre. Nous apprenons très vite face à un stimulus négatif, est dans le cas d’une chose courante, tel que manipuler un couteau ou prendre la voiture nous avons simplement intégré l’information négative. En revanche prendre l’avion n’est pas un phénomène courant, et l’accident d’avion porte de ce fait une valeur informationnelle plus importante, car elle n’est pas intégrée. Proportionnellement au nombre de fois où nous prenons la voiture, le risque d’accident bien qu’important nous semble rare (ça n’arrive qu’aux autres) mais faire ce même calcul dans le cas de l’avion est bien plus compliqué, car il s’agit d’un événement exceptionnel. En fait la confrontation à un événement négatif provoque un rapide apprentissage tellement rapide parfois qu’une seule mauvaise expérience peut provoquer une phobie, mais dans le cas d’un avion, l’information reçue à la télévision peut être l’unique confrontation avec le stimulus.

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De manière générale les adultes passent davantage de temps à se concentrer sur les stimuli négatifs, et leur apportent plus de poids, c’est pour cela que malgré une carrière irréprochable, il suffit d’une faute grave pour anéantir des années de dur labeur. Cela est accentué par le fait que nous avons une plus forte tendance à nous souvenir de quelque chose qui ne s’est pas déroulé comme prévu plutôt que l’inverse. C’est ainsi qu’apparaissent les préjugés sur les fonctionnaires qui ne feraient rien ou sur la poste et ses retards. De plus pour se faire un jugement sur quelque chose très peu d’éléments négatifs sont nécessaires.

La question que nous pouvons nous poser c’est à part produire des biais, ce mécanisme nous sert-il à quelque-chose ? Hé bien, heureusement, oui. D’après une étude d’Amrisha Vaish, Tobias Grossmann et Amanda Woodward intitulée « Not all emotion are created equal : the negativity bias in social-emotional development » paru dans le Psychological Bulletin en 2008 [10]. Le biais de négativité dans le développement de l’enfant va aider les fonctions adaptatives du système évolutif. Il est plus avantageux pour un organisme d’apprendre très tôt qu’il existe des stimuli négatifs. La meilleure des manières pour éviter ce genre de stimuli c’est d’être attentif, efficace et rapide. Une étude de Cacioppo et al. (1999) [11] suggérait que les informations négatives seraient similaires à un appel à l’ajustement mental ou comportemental. Alors que les informations positives seraient un signal pour maintenir le cap, c’est-à-dire qu’il ne nécessite aucun ajustement. Le biais de négativité permet d’être attentif, efficace et rapide face à un élément négatif, et nous permet ainsi de très vite modifier notre comportement. Durant le développement, l’enfant est confronté à de nombreux éléments dangereux pour sa survit et auxquels il n’a jamais été confronté. En général les parents qui sont présents vont expliquer et permettre à l’enfant d’assimiler qu’un stimulus est dangereux. En revanche lorsque les parents ne sont pas présents, il est nécessaire qu’il apprenne rapidement d’un danger, et il est plus avantageux que ce détecteur qu’est le biais de négativité, surestime les risques plutôt que l’inverse.

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N’y aurait-il pas un peu d’évolution là-dedans ?

Un constat assez évident est qu’il est bien plus avantageux d’éviter un évènement négatif potentiellement mortel, que d’atteindre un évènement positif quel qu’il soit et ce dilemme c’est manifesté un nombre incalculable de fois pour nous et nos ancêtres. Selon moi, un parallèle fonctionne plutôt bien pour expliquer cela. Prenons les Slender-like, ce sont des jeux-vidéos où le principe est de récupérer des objets tout en fuyant une menace, généralement un monstre. Des signes avant-coureurs annoncent la proximité avec le monstre. Le joueur est constamment face à un dilemme, aller récupérer un objet et risquer de se faire attraper par le monstre ou fuir. Ce type de jeu est très anxiogène et il nécessite que l’on se décide vite. Nous aurons tendance à surestimer les risques et sous-estimer les opportunités. La raison évolutive à cela est simple. Si nous n’arrivons pas à saisir une opportunité à un instant t, il sera toujours possible de la saisir plus tard. En revanche si l’on sous-estime un risque, et que celui-ci ait raison de nous, il n’y aura plus jamais d’opportunité. Il y a donc un avantage évolutif à sous-estimer les bénéfices et les ressources et à surestimer les risques.

Notre cerveau est fait de tel sorte à nous faire peur. Toute personne normalement constituée est régulièrement confrontée à des situations de stress qui sont très souvent liées à une amplification subjective du caractère négatif de l’événement. Prendre conscience de la manière dont fonctionne notre cerveau, c’est la possibilité d’avoir une analyse plus distanciée de ses biais de négativités et la possibilité de modérer ses jugements, ou de mieux gérer son stress et potentiellement prendre de meilleures décisions. Les événements négatifs attirent de manière réflexe notre attention au détriment de l’ensemble des éléments positifs et si vous n’y croyez pas, une anecdote amusante va peut-être vous convaincre. En 2014, un journal russe, The City Reporter a décidé de ne publier pour la date du 1er décembre, uniquement des informations positives, en quelque sorte un « Good news day », ce journal a perdu le jour même les deux tiers de ses lecteurs [12].  

Sources

[1] https://www.youtube.com/watch?v=FWSxSQsspiQ

[2] http://www.lucs.lu.se/wp-content/uploads/2011/01/Johansson-et-al-2013-Choice-Blindness-and-Preference-Change.pdf

[3] http://wisebrain.org/papers/NegSalienceinMem.pdf

[4] https://sites.sas.upenn.edu/rozin/files/negbias198pspr2001pap.pdf

[5] https://www.princeton.edu/~kahneman/docs/Publications/Anomalies_DK_JLK_RHT_1991.pdf

[6] http://www.sscnet.ucla.edu/polisci/faculty/chwe/austen/tversky1991.pdf

[7] http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/ejsp.2420010405/abstract

[8] http://www.crisco.unicaen.fr/des/synonymes/heureux

[9] http://www.crisco.unicaen.fr/des/synonymes/triste

[10] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/18444702

[11] http://users.phhp.ufl.edu/rbauer/cognitive/Articles/cacioppo_gardner_1999.pdf

[12] http://www.bbc.com/news/blogs-news-from-elsewhere-30318261

Les ondes électromagnétiques

Je ne sais pas vous mais habituellement les médias me font plutôt flipper lorsqu’il parle de portables, de wi-fi ou encore de micro-ondes. Le lien entre les ondes qu’ils peuvent émettre et le cancer est quasi systématique et c’est peu dire que le sujet est anxiogène. Seulement il y a quelques jours, j’ai été frappé, surpris, que dis-je estomaqué par une annonce de Libé, du Figaro, d’Europe 1 et surtout – ce qui a fini de me convaincre – Femme Actuelle. Incroyable il n’y aurait pas de lien entre les portables et le cancer. Quelle annonce !

Bon, en vérité – comme le sous-entend le ton légèrement sarcastique – ça ne m’a pas vraiment surpris. Le lien entre un quelconque cancer et les ondes wi-fi/portable/micro-onde n’a JAMAIS été établi. Cette désinformation explicitant un lien entre cancer et portable était due soit à une mauvaise interprétation des résultats, soit – moins cool – une manipulation du rapport pour vendre du papier ou bien encore l’utilisation de tests extrêmement biaisés et dénoncés par la communauté des chercheurs. Dans tous les cas, ce n’est pas un travail sérieux et digne d’un journaliste.

Cela dit on va peut être expliciter ce qu’est une onde électromagnétique, comme ça à la fin on saura quels rayonnements sont cancérigènes et lesquels ne le sont pas. C’est cool ! Pour commencer on va distinguer les ondes électromagnétiques des rayonnements électromagnétiques. Les ondes électromagnétiques c’est simplement un modèle qui permet de représenter les rayonnements électromagnétiques. Un peu comme une partition représente les notes que l’on entendra. Selon où se trouve la note sur la partition on saura qu’elle son sera produit. Pour une onde électromagnétique c’est la même chose. Selon si l’onde électromagnétique est plus ou moins courte on saura quel est le rayonnement électromagnétique.

Une onde nous arrivons tous à visualiser de quoi il s’agit, c’est une sorte d’oscillation. Seulement toutes les ondes n’ont pas le même nombre d’oscillation pour une même longueur. Certaines sont plus courtes que d’autres et c’est cette longueur d’onde qui va permettre d’établir quel rayonnement électromagnétique est en train d’être observé. Ces rayonnements électromagnétiques sont regroupés en famille et ces familles de rayonnements électromagnétiques sont elles-même regroupées dans deux grandes catégories de rayonnements qui les regroupes toutes ; les rayonnements ionisants et les rayonnements non-ionisants. Les rayonnements ionisants sont les seuls rayonnements électromagnétiques qui peuvent suite à une forte exposition provoquer le cancer. Les rayonnements électromagnétiques Ionisants sont des ondes électromagnétiques dont la fréquence d’oscillation est extrêmement courte. Plus une fréquence d’oscillation est courte plus l’énergie du rayonnement est forte. En fait les rayonnements ionisants produisent tellement d’énergie qu’en traversant la matière elles vont enlever ou ajouter des charges dans les atomes. C’est ce processus que l’on appel la Ionisation et c’est ce processus qui provoque le cancer. Typiquement une substance radioactive est une substance qui émet un rayonnement Ionisant.

Les rayonnements électromagnétiques ionisants vont des rayons Y (gamma) jusqu’aux ultra-violets. Au passage le soleil émet des rayonnements UV et c’est pour cela qu’une trop longue exposition aux soleil peut provoquer un cancer de la peau. Alors maintenant aussi étonnant que ça puisse paraître les couleurs sont des rayonnements électromagnétiques, le spectre des couleurs visibles a une fréquence plus longue que les UV donc moins énergétique. Ensuite encore moins énergétique : les infra-rouges, puis les micro-ondes, les ondes radars, et enfin les ondes radio. Ces dernières catégories sont nettement moins dangereuses à exposition égal que le spectre de la lumière visible et elles sont toutes des rayonnements non-ionisants. Bref tout cela pour dire que non, les rayonnements émis par la WIFI, les Portables ou les Micro-ondes ne provoquent pas de cancer car il n’y a pas de phénomène d’Ionisation.

Un petit podcast bien sympa qui revient sur le cas des micro-ondes, le passage débute à 1:09:00 : http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/11/23/le-micro-onde-altere-les-aliments-et-favorise-le-cancer-info-ou-intox/

Sources :

Analyse d’un discours sur l’homéopathie: partie 2

Aujourd’hui je continu avec la suite de l’émission radiophonique. On avait fini avec Christèle Charvet, gynécologue obstétricienne et homéopathe chez Boiron qui nous exposait sa vision de l’homéopathie en lien avec la physique quantique. Les citations qui vont suivre proviennent de la suite de l’interview c’est-à-dire de 14 minutes jusqu’à environ 20 minutes. Et il faut bien l’avouer en 6 minutes elle offre pas mal de contenu.

« En homéopathie on se pose la question de savoir pourquoi le symptôme arrive, on essaye d’envoyer un signal, […] si le signal est bien perçu par l’organisme, si l’organisme met bien en jeu toutes ses réactions, et bien le symptôme va disparaître. »

Je pense que peu importe quel médecin digne de ce nom à la vue d’un symptôme il se demandera systématiquement ce qui en est la cause et donnera un traitement adapté. Ce n’est pas vraiment propre à l’homéopathie. Cela dit, ce qui est le plus dérangeant dans cette phrase c’est le principe de « signal » et tous les « si » qui s’en suivent. Un signal c’est un message envoyé de manière à pouvoir être communiqué à distance. Donc il s’agirait d’envoyer un message indiquant au corps qu’il ne va pas bien pour qu’ensuite il puisse réagir. En supposant que ce soit possible, et hormis le fait que les symptômes sont, déjà en soit, une manifestation du corps pour montrer qu’il galère, je ne suis pas certain qu’un message indiquant l’état de la situation puisse changer quoi que ce soit. « – Salut, je te signal que tu te fais un peu tabasser… – Ah merci ! Super heureusement que t’es là, je vais me ressaisir ! ». En plus j’ai l’impression que visiblement ça semble compliqué pour que le signal passe bien. Je ne sais pas si vous avez vu le film « Cheval de Guerre », mais c’est à peu près l’idée que je me fais du signal. D’ailleurs elle ajoute un peu après, « Au-dessous de 3 granules, ce que nous disent les médecins homéopathes qui exercent depuis un certain temps, c’est que on a l’impression que le signal n’est pas perçu. Peut-être parce que on est dans un environnement assez pollué et peut être que notre organisme à beaucoup plus de mal à percevoir ce signale qu’il y a 100 ans. ». Bon ça a l’air d’être un peu au petit bonheur la chance tout ça, soit t’as un signal performant capable de braver tous les dangers et un organisme qui soit un bon réceptionneur un peu comme au baseball. Ben ouais l’homéopathie c’est sportif et puis faut avoir des prédispositions. Et au passage pour une pratique qui se dit être l’avenir, le temps ne semble pas lui réussir.

« C’est ce que j’en pense moi, et ce que semble penser toutes les personnes qui s’intéressent à la recherche en homéopathie. »

Moi je pense beaucoup de choses aussi, malheureusement j’ai parfois tord et parfois raison, ça ne fonctionne pas à 100%. Ce n’est pas très grave et c’est normal. L’important c’est de se remettre en question. Cependant si je suis médecin et que je fais reposer ma pratique sur ce que je pense, c’est beaucoup plus grave. Ce que l’on pense, même si on en est convaincu, même si c’est ce qui nous parait le plus probable, ne prouve absolument rien. Cela dit si toutes les recherches en homéopathie convergent sur de mêmes résultats alors super, l’hypothèse est vérifiée, et tout fonctionne. Malheureusement ce n’est pas le cas, et la plupart des résultats en faveurs de l’homéopathie ont tous été obtenus par des gens qui soit travaillent au sein d’un labo homéopathique, soit se disent homéopathe. Des résultats qui n’ont jamais été à nouveau obtenu par des laboratoires indépendants. Bref je ne pense pas que ce soit le plus fiable.

 « Il est impossible de savoir si 2, 3, 4, 5 granules ça change quelque chose. »

Bon là on revient au problème de la dernière fois, le fameux, c’est compliqué. Sauf que maintenant on passe à l’étape supérieure avec un « il est impossible ». Des tests pour savoir si un médicament est plus efficace avec une gélule ou deux, ce n’est certainement pas la chose la plus compliquée à mettre en place. Sauf si on admet que ça ne fonctionne pas et que dans ces conditions il est impossible de dire si c’est mieux ou non puisque dès le départ aucun effet ne s’est manifesté.

« L’homéopathie est plutôt fréquence de prise dépendant, par exemple dans une situation aigue, j’entends vous vous faites piquer par une abeille, vous avez un œdème vous allez prendre apis (un médicament homéopathique) en dilution 9 ou 15CH, ce qui est important c’est si l’œdème continu vous allez reprendre apis autant de fois qu’il faut pour envoyer le fameux signal à l’organisme pour que l’organisme réagisse. »

Je pense que cette phrase résume très bien le fonctionnement de l’homéopathie, vous avez un problème, un mal de crane par exemple. Vous prenez une gélule, ça ne fonctionne pas, vous en reprenez, ça ne fonctionne pas, au bout de 5h de douleurs, vous en reprenez une et là miracle plus rien dans les 15 minutes qui suivent. Que faut-il en déduire? Que l’homéopathie a fonctionnée ou qu’à force d’attendre c’est partie ? Personnellement mon avis est tout fait. Je peux faire le même principe avec l’eau, si vous avez un œdème, vous buvez de l’eau, et si ça persiste, il faut continuer, jusqu’à ce que ça s’arrête. Vous en déduisez que l’eau vous a soigné?

Analyse d’un discours sur l’homéopathie: partie 1

Alors aujourd’hui je vais m’attacher à montrer l’absurdité de certains propos. Je me base sur ceux de Jean-Christophe Bayssat, pharmacien, directeur général adjoint chez Boiron. Les propos vous pouvez les retrouver dans l’émission de radio que j’avais posté en bonus, ça correspond aux 12 premières minutes.

« C’est ici que nous recevons à la période de floraison, de nos plantes, les plantes fraiches. On a une quarantaine de récolteurs qui travaillent pour nous depuis de nombreuses années, ces récolteurs qui sont des botanistes avant tout vont récolter quelques kilos de plantes toujours à l’abri de la pollution dans des lieux bien définis, des plantes sauvages. »

Cette phrase est assez amusante. Ce qui est mis en avant ici c’est l’aspect naturel. On retrouve l’idée de la nature, le contact, la cueillette, le sain, le sauvage, etc. Si on peut se demander quels sont les lieux à l’abri de la pollution sur terre, on passera. Ce qui m’intéresse surtout c’est l’idée qu’il y a derrière ce vocabulaire et cette insistance. Cette phrase joue avec la pétition de principe, doublé de généralisation abusive qui nous dit que ce qui est naturel est bon pour la santé. Faudrait rappeler que beaucoup de choses qui trainent dans la nature ne le sont pas. De même, tout ce qui est artificiel n’est pas forcément mauvais.

« On a plus de 3000 souches de bases à peu près 1400 plantes, 1300 souches minérales ou chimiques et 300 souches animales »

On fait intervenir des chiffres, on a l’impression qu’il y a beaucoup de choses, que c’est très réfléchi donc ça fait sérieux ! Tout comme les phrases : « On a un dynamiseur qui fait 150 secousses en 7 secondes et demi. » Hormis que ça ne nous explique pas grand-chose, et que dans le fond on s’en fiche, ça fait quand même sérieux tout ça. « Nous sommes avant tout laboratoire pharmaceutique. » Ah me voilà rassuré, si c’est un laboratoire pharmaceutique, c’est bon ça marche, c’est sérieux, c’est bien vérifié. Ben non pas vraiment en fait, Boiron n’a pas besoin de fournir de preuves que ça fonctionne. L’unique raison pour laquelle l’homéopathie est commercialisée c’est grâce à son rapport bénéfice/risque. Etant donné que l’homéopathie ne contient que du sucre et de l’eau (si la quasi-totalité de l’eau ne s’est pas encore évaporé), la population ne court pas trop de risque (un risque direct, après les dérives qui peuvent s’en suivre, ça on n’en sait rien).

« C’est la tradition homéopathique qui fait que l’on utilise des plantes fraiches sauvages. » « C’est la tradition homéopathique. »

La tradition, c’est noble, c’est beau, c’est ancestral, ça a été éprouvée. Bon ce n’est pas parce qu’une chose a plusieurs siècles qu’il s’agit de quelque chose de bien et qui fonctionne. On est bien content, je pense, que la plupart des choses aient évoluées. Par exemple le vaccin, si on le faisait à la mode traditionnelle (normalement ça devrait être mieux !), ça se ferait à coup de scarification et une bonne petite marmelade de pus sur la plaie ! Plaisant. Ah et je pense qu’il n’est pas nécessaire de rappeler toutes les pratiques traditionnelles ayant disparues.

« Si on démontre un jour que c’est mieux autrement, on le fera, aujourd’hui on ne l’a pas démontré. »

Ah cette phrase, elle est belle. Elle est belle car elle est vraie. Si l’on démontre que quelque chose est mieux alors il faut faire autrement, c’est le principe de la science, ça évolue. Seulement voilà en science avant de démontrer on éprouve. C’est-à-dire qu’au lieu de chercher à savoir si l’homéopathie fonctionne, on va chercher à l’infirmer. En gros tout faire pour prouver que ça ne marche, et c’est seulement si tous les tests ont échoués qu’on peut dire que ça fonctionne. L’homéopathie n’a jamais passé ces tests, à partir de là évoluer sur une telle base va être compliqué.

« Les études cliniques en homéopathie c’est compliqué aussi, sur l’humain c’est très compliqué.»

Compliqué, on y revient. Je ne sais pas vraiment pourquoi c’est compliqué de démontrer que quelque chose fonctionne ou non, les protocoles expérimentales mis en place sont toujours très inventifs et il y a toujours des solutions, mais bon passons. Cette phrase revient à dire, que même si l’on n’a pas réussi à le prouver, ce n’est pas pour autant que ça ne fonctionne pas. On change d’exemple. Si j’applique ça à une licorne. Je n’ai jamais réussi à prouver que les licornes existent parce que c’est compliqué, surtout sur terre c’est très compliqué, mais ça doit exister. Vous pouvez essayer ça marche avec tout, en revanche pas sûr que ça prenne lors d’un débat !

« On n’est pas au niveau de l’atome, on est au niveau détectable, on utilise aujourd’hui les procédés les plus à la pointes de la technologie pour détecter ce qui est détectable. »

Ca fait super sérieux ça, atome, détectable, la pointe de la technologie, tatati tatata. Bon jusqu’à présent, on va être clair, jamais aucune étude sérieuse n’a montrée qu’un homéopathe était capable de faire la différence entre une gélule homéopathique et une gélule sans. Donc c’est assez rigolo. Ce qui l’est d’autant plus, c’est que les labos Boiron doivent avoir à disposition une technologie inconnue pour le moment, capable de détecter l’indétectable (vite faut appeler le CERN!). Et que visiblement tout le monde n’est pas d’accord avec ça. Par exemple Christèle Charvet, gynécologue obstétricienne et homéopathe chez Boiron nous dit que : « Vous admettez un postulat qui dit que le principe actif est moléculaire, or ça on sait très bien que c’est complétement faux puisque en physique quantique on sait très bien qu’il y a des signaux qui ne sont absolument pas moléculaires, l’homéopathie est très en avance sur son temps. ». Bref « ta gueule c’est quantique ». cliquez ici pour la suite

L’homéopathie

Cela va faire quelques temps que je me renseigne sur l’une des pratiques médicamenteuses les plus populaires en France, l’homéopathie. Je me suis décidé à partager tout ça avec vous. L’homéopathie se trouve sous différentes formes, le plus souvent de granules, mais aussi de sirops, comprimés, gels, pommades, collyres, etc. On en trouve en pharmacie, c’est en partie remboursé par la sécurité sociale et parfois il arrive que certains médecins en prescrivent. Bref tout semble fonctionner comme un vrai médicament. Alors l’homéopathie c’est quoi ? De quoi ça se compose ? Comment ça se fabrique ? Comment ça marche ?

L’homéopathie est une pratique créé en 1796 par Samuel Hahnemann il achève son essai sur l’homéopathie en 1810 et depuis rien a changé. L’homéopathie utilise toujours les mêmes méthodes de préparations 206 ans plus tard, cela ressemble plus à un dogme qu’à de la science.

L’homéopathie repose sur plusieurs principes, qui sont : le principe de similitude, la dilution et la dynamisation. Commençons par le principe de similitude, c’est l’idée qu’un symptôme peut être soigné par ce qui peut en être la cause. Par exemple, je souffre d’une inflammation, les piqures d’abeilles provoquent des inflammations donc l’abeille soigne les inflammations. Ou encore, je souffre d’un rhume, je manifeste donc des symptômes grippaux, ça tombe bien l’oscillocoque (qui n’existe pas), cause des symptômes grippaux donc je vais les soigner avec l’oscillocoque préalablement extrait de cœurs et de foies de canards de Barbarie (ce qui est compliqué puisque ça n’existe pas). Ce médicament homéopathique en revanche existe vraiment, il s’appelle l’oscillococcinum. En homéopathie une fois qu’on a trouvé le végétal, minéral, animal qui convient, on le laisse macérer durant plusieurs jours dans une solution hydro-alcoolique, pour récupérer les principes actifs. On peut ensuite passer à la prochaine étape.

Le principe de dilution est né de la nécessité d’éviter les effets secondaires. En effet quand on prescrit de l’arsenic (voir Arsenicum Album), le mieux c’est de bien le diluer pour éviter tout risque. L’unité de dilution utilisée est le CH (centésimale Hahnemannienne). 1CH c’est prendre 1 volume de la solution de départ pour le diluer avec 99 volumes d’eau. Pour passer à 2CH on recommence une seconde fois l’opération, on prend 1 volume de la nouvelle solution pour la diluer une nouvelle fois avec 99 volumes d’eau et ainsi de suite. Certaines granules peuvent atteindre les 30CH. Ce qui revient à mettre un atome de la solution de départ dans le soleil. De toute manière à partir d’une dilution de 12CH, la granule (ou autre) ne comprend statistiquement plus une seule molécule du produit de base. En gros il ne reste plus que de l’eau.

Comment les homéopathes expliquent ce fonctionnement? Grâce à la dynamisation. La dynamisation c’est un gros mot pour pas grand-chose, en fait c’est juste le fait de secouer très fort à chaque dilution ce qui « permettrait de conserver ses effets pharmacologiques malgré des dilutions importantes. ». Une fois chacune de ces étapes finis il ne reste plus qu’à vaporiser la solution sur des granules de sucre, l’eau s’évapore tranquillement dans les airs et c’est fini.

Alors est-ce-que ça fonctionne l’homéopathie ? Les méta-analyses sont plutôt claires, le conseil australien de la santé nationale et de la recherche médicale indique qu’il n’y a pas plus d’effets homéopathique que celui d’un placebo et il en va de même de The Lancet (liens à la fin). Alors on rétorquera « ça fonctionne sur les animaux et les bébés ! ». De nombreuses études montrent que les animaux et les bébés sont aussi sensibles aux placebos qu’un adulte. De plus l’homéopathie est utilisée très régulièrement pour des symptômes qui disparaissent seuls. Autrement dit avec ou sans homéopathie les symptômes auraient disparus. La différence c’est qu’un médicament homéopathique ne gère pas la douleur alors qu’un antalgique oui. Une étude en Suède réalisée en double aveugle montre que cela n’a aucune efficacitée, la grande différence reste la gestion de la douleur inexistante avec l’homéopathie (liens à la fin).

Pour finir voici une petite émission radio qui explique assez bien les principes homéopathique, en plus vous avez le droit à une visite des labos Boiron (en situation de quasi-monopole sur l’homéopathie avec son petit 600 millions d’euros de chiffre d’affaire) et de supers interviews assez surréalistes. http://www.rts.ch/…/5648609-l-homeopathie-quelle-efficacite…

Bibliographie